Category : La Chronique de l'Innommable
L’esprit-songe
In : La Chronique de l'Innommable, Posted by riddenja on juin.06, 2008
Petit à petit, la poussière soulevée, par le tumulte de la confrontation, retombait, laissant entrevoir deux corps inertes à terre.
Le premier, le cavalier, revint à lui. Il bougea prudemment, vérifiant qu’il n’avait rien de cassé. Laborieusement il se releva, titubant, il se dirigea vers son adversaire, encore inconscient. Arrivé à son niveau, il s’écroula littéralement près du corps. L’étranger reprenait, difficilement, son souffle, il se rassit et après avoir retourné le corps inerte, il plaça sa main, paume vers le sol, au-dessus de la poitrine. Il rencontra de la résistance, des vestiges de boucliers subsistaient.
Cet homme avait un mental exceptionnel, car après un tel choc il ne devait rencontrer aucune résistance. Plus étonnant ses défenses se reconstituaient rapidement : il reprenait conscience ! Ne lui laissant pas le temps de revenir complètement à lui, le cavalier balaya ses ruines psychiques, et trouva ce qu’il cherchait. Revenant brusquement à lui, Leen-Jar ouvrit les yeux, outré par cette intrusion, et cria : « Ah ! Tu veux tout savoir, alors tiens ! Je te fais un cadeau ! » L’homme à l’armure se mit à hurler et se tint la tête à deux mains.
Se traînant, Leen-Jar s’éloigna du mieux qu’il put de son adversaire. Celui-ci retira son heaume, et il vit un visage déformé par la douleur. Le “guerrier blanc” était blanc de peau, c’était pour ça que la sorcière l’avait appelé ainsi ! Un blanc aux cheveux blonds ! Il faillit éclater de rire, mais ses côtes se rappelèrent à lui, grimaçant, il réussit à rire quand même. Sa quête allait prendre fin.
L’autre cessa de hurler, malgré la souffrance, à genoux, il appliqua ses mains sur ses tempes. Tout d’un coup son visage se rasséréna, il ne souffrait plus. Il ouvrit ses yeux vert, leva lentement la tête, il regarda Leen-Jar d’un regard plein de compassion. Ce dernier le dévorait aussi des yeux, allongés sur les coudes. Le visage de son “ennemi” dégageait la pureté dans sa plus simple expression. Un beau visage aux traits fin encadré par une coupe de cheveux qui lui cascadait sur les épaules. Un rival sérieux pour les concubines, se dit Leen-Jar !
« Pourquoi t’ont-ils fait cela Leen-Jar ? demanda le cavalier d’une voix claire et forte.
- M’ont fait quoi ? » Leen-Jar était surpris de comprendre clairement ce que disait son interlocuteur.
- Tu sais très bien de quoi je parle, insista l’autre.
- Et toi ? Comment as-tu fait pour résister à cela ?
- J’ai invoqué Héryll.
- Héryll ? C’est qui ? C’est quoi ? Et d’abord comment sais-tu mon nom ? Comment se fait-il que nous nous comprenions ?
- Pardon, je manque à tous mes engagements, se relevant et ajustant son baudrier, il se passa une main sur les cheveux pour se donner bonne contenance. Je suis Sire Corval de Rougeblois, chevalier de l’Ordre du temple d’Héryll !
- Tant que ça ! se relevant à son tour, Leen-Jar exécuta un pas de danse martial. Bah, moi je suis Leen-Jar… euh, le Kelimshaari… Maître de la Danse de Mort. Oui, oui ! Ca fait bien ça, Maître de la Danse de Mort.
- Vénères-tu la Mort ?
- Non, je la donne. Je fais honneur à chaque adversaire que je combats, je danse pour lui avant de l’envoyer l’Autre Royaume.
- Que me veux-tu ? J’ai vu dans ton esprit que tu me cherchais.
- Oui je peux lire les âmes, c’est un don que m’a octroyé Héryll.
- Je combattais un sorcier, Oboum Dala’a, un maître des Obscures Sciences. Quand j’ai cru le terrasser, il m’envoya un esprit-songe. Je ne sais pas me battre contre les esprits. Oboum Dala’a a fui, j’ai combattu comme j’ai pu contre l’esprit des heures durant. Il m’a vaincu et maintenant je suis prisonnier de mon rêve ! »
Pendant que Leen-Jar faisait son récit, le visage de sire Corval s’était métamorphosé en un implacable masque de détermination. Chaque mention du mot “sorcier” ou du nom “Oboum Dala’a” réduisait de plus en plus ses yeux à deux fentes. Mais la conclusion du récit le ramena à la réalité : « Prisonnier de ton rêve ? Mais tu es fou ! Cela signifierait que je ne suis pas réel, c’est absurde !
- je n’ai aucune érudition en la matière. Que tu sois réel importe peu pour le moment, il faut que je sorte de ce rêve et, tu es censé m’aider. Alors comment fait-on ? » L’autre ne répondit rien.
Le “guerrier blanc”
In : La Chronique de l'Innommable, Posted by riddenja on juin.06, 2008
Leen-Jar se mit debout au milieu de la route. Enfin le “le guerrier blanc” arrivait. Une silhouette, petit à petit, perçait le voile de brume. C’était un cavalier. La monture était énorme, ça devait être un destrier. Se rapprochant les cliquetis des différentes pièces d’armure confirmèrent ce qu’il pensait. L’inconnu portait dans sa main gauche une lance d’arçon et dans l’autre un grand écu. Comme déchirant un voile, un guerrier se dirigeait nonchalamment vers Leen-Jar. La brume semblait s’écarter de son passage. Il était armé et casqué des pieds à la tête. II portait une vieille armure de plaques qui devait être d’un vert jade rehaussé d’or et parcouru de runes noires. Seules les écritures magiques avaient supporté l’outrage du temps, hormis cela, elle était en très bon état et d’excellente facture. Composée de plusieurs dizaines de plaques, elle donnait à son porteur une allure reptilienne. Le heaume, quant à lui, ne laissait deviner que les yeux. A sa droite pendait, le long de sa hanche, une épée longue dans un magnifique fourreau de cuir serti de jade. Son écu ne portait aucun blason. Son cheval couleur jais, portait un carapaçon de cuir renforcé par endroit de plaques métalliques.
Voyant un homme lui barrait son chemin, le “guerrier blanc” ralentit sa monture. Celui-ci ressemblait, plutôt, à un “guerrier vert” ou “de jade” se dit Leen-Jar. Maudîtes sorcières, elles ne parlaient jamais en termes clairs. Et si elle s’était moqué de lui. Non, impossible ! Il avait donné de sa personne. Il avait senti des forces en action. Non elle ne s’était pas moqué de lui, se persuada-t-il. Ces réflexions lui firent froncer les sourcils, il ne se présentait pas sous son meilleur jour, risquant d’effrayer le cavalier. Il lui était toujours difficile de sourire, alors Leen-Jar pensa aux batailles, aux combats auxquels il avait pris part. Envahi par des souvenirs de bruits, par des scènes de fracas de fureurs et de douleurs, un sourire se dessina sur son visage, laissant deviner ses dents blanches. Mais il ne savait que dire…
« Salut à toi, euh ! “Guerrier blanc”, dit-il en levant maladroitement la main. Celui-ci répondit dans une langue qu’il ne comprit pas.
- Tout ça pour rien, ragea Leen-Jar. Il essaya deux autres langues qu’il parlait assez bien, mais rien n’y fit. L’autre restait à une distance raisonnable, méfiant il n’avait toujours pas retiré son heaume. Sa bête trépignait d’impatience.
- Toi vouloir quelque chose ? dit le cavalier. Il avait utilisé la langue des Captifs.
- Oui, moi vouloir quelque chose, répondit avec soulagement Leen-Jar.
- Quoi ? continua abruptement le nouvel arrivant.
- Toi !
- Toi mourir alors !
- Non, non, tu ne me comprends pas. Je ne veux pas me battre. J’ai besoin de toi ! »
Le cavalier tendit une main vers Leen-Jar, qui par réflexe leva son bouclier spirituel. Il sentit une force à la lisière de son esprit, comme une main invisible qui effleurait sa psyché. Cette puissance occulte cherchait à palper autre chose, son âme !
« Quel est donc ce maléfice ? » Vif comme un éclair, il dégaina son arme et son petit bouclier. Il se mit en garde : physique et mentale. Le guerrier maîtrisait une forme de magie puissante qui lui était inconnue. D’ailleurs le brouillard s’était complètement dissipé !
Le cheval hennit se cabra, et chargea. Au fur et à mesure que sa monture prenait de la vitesse, le cavalier baissait sa lance. Leen-Jar ne bougea pas, telle une statue, il attendait l’impact. Quelques mètres avant le choc, il tendait la main à son tour, créant une rafale de vent qui souleva un nuage de poussière. Il bondit de façon à éviter l’animal pour attaquer dans le même temps son adversaire. Il avait mal estimé, et la distance, et la vitesse de la monture. Son coup atteignit son objectif, mais il pris, quand même, la charge. Le cheval s’écroula projetant son cavalier. Leen-Jar, quant à lui, fut violemment rejeté au sol où il roula sur plusieurs mètres. Tout devint silencieux…
A la croisée des chemins
In : La Chronique de l'Innommable, Posted by riddenja on juin.06, 2008
Chienne de sorcière… Il avait du donner de sa personne, pour obtenir ce présage bien vague : “Trouve le guerrier blanc à la croisée des chemins”. Elle avait exigé le privilège que seule une concubine était en droit de réclamer. Il lui avait expliqué les conséquences que cela pourrait avoir. Elle lui avait dit qu’elle n’appartiendrait à aucun homme. C’était à prendre ou à laisser ! Leen-Jar s’était incliné, non, sans lui promettre qu’il viendrait la rechercher et qu’il en ferait sa concubine. Elle avait ri.
Assis sur une grosse pierre, il attendait le “guerrier blanc ” à la croisée des chemins. Les collines dominaient ce paysage morne, rendu sinistre par un brouillard jaunâtre. Leen-Jar avait l’impression d’être seul, aucun bruit, depuis qu’il était arrivé dans ce pays de malheur, il n’avait vu aucun animal. Le seul être vivant qu’il avait rencontré, était cette sorcière, dont il ne connaissait même pas le nom. Ses marais puants lui manquaient. Depuis qu’il était enfant , il n’y était pas retourné. Depuis qu’il était parti au Fort. Très jeunes, on envoyait une partie de la noblesse vers cette destination lointaine en plein milieu d’un désert. Là-bas on faisait d’eux des guerriers fanatiques : les Danseurs de Mort de Torza. Leen-Jar était un de ses danseurs, comme en témoignait son accoutrement. Sa tête était tressée de nattes partant du front à la nuque en une dizaine de lignes parallèles.Il portait la longue robe ample de Torza, retenue par une ceinture de cuir noir à la taille. Cachée sous la robe, il portait une cotte de mailles fine qu’il avait lui-même faite selon la tradition de Kelimshaar. Leen-Jar maniait l’épée bâtarde nordique qu’il avait échangée contre le cimeterre denté kelimshaari, et le bouclier.
Assis, à la croisée des chemins, sur un rocher, Leen-Jar entendit un bruit assourdissant dans ce silence de mort. Un cavalier approchait. Il se mit debout, espérant que c’était le guerrier blanc…